Les thérapies dites de « conversion » ou de « guérison » désignent des pratiques visant à modifier ou à réprimer l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne. Le terme de thérapie est impropre : l’homosexualité n’est pas une maladie et ne peut être « soignée ».
Historiquement, en Occident, ces pratiques ont d’abord été exercées dans des cadres médicaux et psychiatriques, à une époque où les sociétés étaient structurellement LGBTphobes. Électrochocs, lobotomies ou traitements hormonaux faisaient alors partie de l’arsenal médical appliqué aux personnes homosexuelles.
Aujourd’hui, ces pratiques ont disparu du champ médical officiel, mais elles persistent sous d’autres formes.
En France, les grandes structures organisées, idéologisées et structurées autour des "thérapies de conversion" se trouvent surtout dans certains milieux chrétiens fondamentalistes, principalement évangéliques et catholiques. Ces groupes s’inspirent largement de modèles importés des États-Unis, notamment des mouvements dits « ex-gay », nés dans les années 1970 dans les milieux évangéliques américains.
Ces dispositifs mêlent pseudo-psychologie, souvent issue de lectures biaisées de Freud, et lectures fondamentalistes des textes religieux. L’homosexualité y est interprétée comme le symptôme d’un traumatisme, souvent lié à l’enfance, ou comme une déviance spirituelle, ou comme une possession du diable.
En France, deux structures ont particulièrement été documentées :
Torrent de Vie, d’inspiration évangélique, qui encourage explicitement les personnes à renoncer à l’homosexualité pour adopter une vie hétérosexuelle et se marier avec une personne du sexe opposé
Courage, association catholique née après la Manif pour tous, qui promeut l’abstinence sexuelle, en présentant l’homosexualité comme une inclination à maîtriser
Des enquêtes de terrain ont mis en lumière des dispositifs très concrets : camps d’été, groupes de parole style "new age" pour se reconnecter à sa "masculinité" ou à sa "féminité", séances de « thérapie » avec humiliation, confessions et accompagnements spirituels intensifs, séances d'exorcisme. Parallèlement, la parole de rescapés s’est progressivement libérée, depuis les années 2010 seulement.
À partir de 2019, cette libération de la parole a conduit à la création du collectif Rien à guérir, qui rassemble aujourd’hui une trentaine de survivant·es de thérapies de conversion. Leur objectif principal est de soutenir une évolution du droit français. Si certaines infractions existaient déjà, comme l’exercice illégal de la médecine ou les violences, aucune qualification pénale spécifique ne visait jusqu’à récemment les "thérapies de conversion", rendant leur poursuite difficile.
Enfin, si les groupes chrétiens sont les plus visibles, ces pratiques existent aussi sous des formes plus diffuses dans des milieux religieux juifs et musulmans qui utilisent des pratiques pseudo-thérapeutiques non organisées en structures identifiables, et donc plus difficiles à documenter.
Dans le judaïsme français, la question de l'homosexualité reste largement taboue. Dans une partie du judaïsme orthodoxe et ultra-orthodoxe, l’homosexualité est en effet encore majoritairement considérée comme une transgression religieuse grave.
Certaines pratiques s’apparentant à des thérapies de conversion existent, même si elles ne sont pas nommées comme telles : elles passent plutôt par des pseudo discussions psy ou religieuses qui rendent leur identification difficile. Les victimes de "thérapies de conversion" rencontrent des difficultés à en parler publiquement.
Des témoignages font état de jeunes personnes contraintes de rencontrer des rabbins orthodoxes, parfois sous pression familiale. Ces accompagnements peuvent inclure des prières dites de « réparation », ou des pseudo-thérapie psycho-spirituelles visant à « corriger » le comportement homosexuel par manipulation mentale. Certains jeunes français homosexuels peuvent être envoyés en Israël pour des "psychothérapies" sur conseil de Rabbins français. D'autres hommes gays juifs sont envoyés à la Yeshiva (centre d'étude du judaïsme) s'ils parlent de leur attirance homosexuelle, avec comme promesse qu'ils pourront se marier avec une femme après un ou deux ans d'étude religieuse intense.
On trouve facilement en ligne des sites juifs, par exemple le site francophone orthodoxe Torah-box avec des questions réponses, faisant l'apologie de ce qui peut s'apparenter à des "thérapies de conversion".
Les propos sont accessibles publiquement et assimilent explicitement l’homosexualité à une pathologie, à un choix, ou à une épreuve à affronter. Ils affirment notamment que la « guérison » passe par une psychothérapie, l’identification des causes de l’homosexualité, un "accompagnement" vers le mariage hétérosexuel, encadré par des psychologues ou conseillers religieux. L’homosexualité est considérée comme une "épreuve" à surmonter souvent, comme une déviation réversible. Il est par exemple affirmé que des jeunes « aux tendances homosexuelles » ont été « aidés », certains se seraient mariés et auraient eu des enfants. Un site comme Torah Box a donc des discours religieux explicites sur des « thérapies de guérison ».
La frontière est floue : Il est difficilement possible d’affirmer qu’il s’agit de thérapies de conversion au sens pénal, sous contrainte ou manipulation, mais l’objectif reste bien l’alignement à un comportement hétérosexuel. Le terme de « thérapie de conversion » n’est pas employé, mais la logique y est bien : il s’agit bien de changer l’orientation sexuelle ou de la faire disparaître.
Ces pratiques restent peu visibles, car elles fonctionnent par des recommandations dans des cadres familiaux ou religieux fermés, sans structures associatives officielles comparables aux mouvements "ex-gay" chrétiens. Elles se situent dans des zones grises, entre accompagnement spirituel, pression morale et tentatives de modification du comportement.
Contrairement au judaïsme orthodoxe ou "traditionnel" qui reste largement majoritaire en France, les courants libéraux et massortis ont depuis longtemps affirmé des positions claires en faveur de l’inclusivité des personnes LGBT. Et plus récemment, des évolutions apparaissent également dans certains cercles orthodoxes, avec des figures qui tentent d’introduire en France une orthodoxie plus « moderne », qui cherche à penser la loi juive sans renier la tradition, tout en luttant contre les discriminations.
La France a interdit explicitement les thérapies de conversion par une loi promulguée le 31 janvier 2022.
Cette loi crée une infraction spécifique dans le Code pénal : sont désormais punis les actes, propos ou comportements visant à modifier ou réprimer l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne, lorsqu’ils portent atteinte à sa santé physique ou mentale.
Les peines prévues vont jusqu’à 2 ans de prison et 30 000 € d’amende, portées à 3 ans et 45 000 € lorsque les faits concernent un mineur, une personne vulnérable ou sont commis via internet. Les professionnels de santé peuvent également faire l’objet de sanctions disciplinaires, jusqu’à une interdiction d’exercer.
Avant 2022, ces pratiques pouvaient parfois être poursuivies via d’autres infractions (violences, abus de faiblesse, exercice illégal de la médecine), mais elles n’étaient pas qualifiées pénalement en tant que telles, ce qui rendait les poursuites difficiles.
La loi donne donc maintenant un cadre juridique clair pour poursuivre les individus ou structures qui continuent de les pratiquer, y compris dans des contextes religieux.
Certains français peuvent être envoyés en "thérapie" en Israël par leur communauté.
En Israël, il n’existe pas de loi pénale spécifique interdisant les thérapies de conversion, contrairement à certains pays européens. Des projets de loi visant à les interdire ont été présentés à la Knesset, mais ils ont été rejetés ou bloqués, sous l’opposition de partis religieux conservateurs.
En pratique, la principale avancée sur le plan légal est venue du Ministère de la Santé : en 2022, il a publié une directive formelle interdisant aux professionnels de santé (psychologues, médecins, thérapeutes agréés) de proposer ou pratiquer des "thérapies de conversion", avec possibilité de sanctions disciplinaires y compris la révocation de licence. Cette mesure s’inscrit dans une reconnaissance que ces pratiques n’ont aucune base scientifique, qu’elles sont néfastes pour la santé mentale, et qu’elles doivent être stoppées dans le cadre médical.
Les organisations LGBT en Israël ont lancé des campagnes pour interdire ces pratiques, mettant en avant les dommages psychologiques graves associés aux tentatives de conversion.
Pour autant, l’interdiction n’a pas été traduite en loi générale applicable à tous. Ainsi, des thérapeutes non accrédités, des conseillers religieux ou certaines organisations religieuses proposent encore aujourd'hui des approches assimilables à des "thérapies de conversion" en dehors du champ médical, sans être poursuivis.
Nous recommandons le livre Dieu est amour et le documentaire Homo Thérapie sur les thérapies de conversion en France.
Des rapports internationaux, comme « Curbing Deception » par ILGA World, compilent des témoignages et descriptions de conversion therapy, soulignant les effets psychologiques dévastateurs rapportés par des survivant·es.
https://ilga.org/wp-content/uploads/2023/11/ILGA_World_Curbing_Deception_world_survey_legal_restrictions_conversion_therapy.pdf
Dans un article de Têtu, un homme nommé Mikael raconte son expérience personnelle au sein d’une famille juive pratiquante à Toulouse. Après avoir fait son coming-out à son frère, il est convoqué par un rabbin orthodoxe et se retrouve soumis à des discours culpabilisants et à des propositions religieuses visant à « corriger » son orientation sexuelle. Il explique que des rituels ont été suggérés pour changer son orientation, et qu’on lui a tenu des propos très anxiogènes à propos de son homosexualité.
https://tetu.com/2020/05/06/judaisme-et-homosexualite-en-france-entre-therapies-de-conversion-et-ouverture
Un témoignage d'un homme juif qui a subi plusieurs "thérapies de conversion" est disponible en ligne sur le compte Youtube du Beit Haverim :
Vous avez d'autres ressources ou témoignages à propos des "thérapies de conversion" pratiquées dans des comunautés juives ?
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